02.09.2010

chroniques - 4ème partie

La vie  avait repris son cours à la maison, comme avant… J’avais accepté l’aide proposée par papa, d’aller voir un pédopsychiatre.  Les séances ont duré 2 mois, à raison d’une séance par semaine et elles m’ont fait le plus grand bien. C’en était fini de mes conneries de scarification et j’arrivais sans problème à m’accepter tel que j’étais : un métis.

Ce n’était pas pour autant que j’étais retourné en cours. Alors à la fin du printemps, pour éviter que je ne  passe mes journées que sur le net, maman, qui devait passer 1 mois en Europe pour son travail, décida de m’emmener avec elle. Sur place, je découvris la musique baroque, les grands peintres flamands, l’histoire du vieux continent…

Et c’est à cette période que me pris l’envie de faire de la musique.

Ouais, vous allez dire : c’est un trip qu’on beaucoup d’ado. Jouer de la guitare ou du piano, rien de tel pour emballer les filles.

C’est vrai.

Papa m’avait appris quelques accords de guitare mais jamais je n’avais eu le désir de pousser plus loin.

Alors que là. Un vrai coup de foudre…Quelque chose de sensuel en vérité… Le son, le toucher… 

Maman céda à ma lubie  et le lendemain, elle m’emmena chez un grand luthier parisien où elle m’acheta ma viole de gambe.

De retour au pays, je me mis vite à apprendre le solfège  et, grâce au cours que je prenais par Internet (webcam) avec un grand musicien français (merci mille fois maman pour tout l’argent investi), je pus rapidement jouer quelques partitions.

En échange de tout ça, j’avais promis à mes parents de reprendre les cours en septembre.

Début juillet, un de mes copains, Jimmy, m’invita pour son anniversaire. L’ambiance était plutôt sympa mais il faut reconnaître qu’en ayant séché les cours pendant 1 an, je n’avais pas grand chose à raconter à mes camarades de classe.

J’avais fini d’appeler papa pour qu’il vienne me chercher  lorsque j’ai entendu la dispute éclater dans la cuisine. C’était Big Feet et sa petite amie Maya. Elle était caissière au supermarché du coin

Big Feet était le frère aîné de Jimmy. Il avait 20 ans, ressemblait à un molosse et  malgré que sa mère continuait à l’appeler Rett, il aimait se faire appeler Big Feet (pour moi, c’était Big shit ).

Bref, Big shit reprochait à sa copine de ne pas consommer leur relation et vu sa tête d’abruti, il ne semblait pas aimer ça. Le bras rougi de sa petit amie non plus.

« Ca va ? »

Je ne sais pas ce qui m’a pris de lancer ça. Big Shit s’est retourné prêt à mordre et s’est précipité vers moi en me plaquant contre le mur de l’entrée.

« Casse-toi demeuré ou je te pète la tête ! »

Je n’ai même pas eu le temps de répondre qu’ il m’a relâche -voyant son amie quitter la maison.

Il l’a poursuivi dans le jardin  et l’a rattrapée  en la tirant par les cheveux.

« Ce soir, tu ne fileras pas comme ça ! »

Maya s’est mise à pleurer.

« Laisse-là »

Je m’étais mis à leur niveau. Big Shit  m’ a envoyé un coup au ventre qui m’a plié en deux. J’avais du mal à retrouver ma respiration sans compter la douleur.

Maya a hurlé lorsque ce connard a commencé à me donner des coup de pieds à l’abdomen. J’ai vraiment cru que je finirai ma vie sur ce gazon. Et c’est sûrement ce qu’il se serait produit si papa n’était pas arrivé pour me sortir de là.

Nous avons raccompagné Maya chez elle et j’ai fini la soirée à l’hôpital  où l’on m’a diagnostiqué 2 côtes  fêlées.

2 jours plus tard, Maya est passé à la maison pour me remercier de l’avoir aidé (même si au final c’était plus papa qui l’avais tiré de là) et m’a invité au cinéma où, avec une des ses amies, elles allaient voir Le pirate des Caraïbes 5 . Je n’ai jamais été très fan des aventures de Jack Sparrow  et mes côtes continuaient à me faire souffrir alors…

« Je comprends… » m’a dit doucement Maya comme pour s’excuser et nerveusement,  a mordu sa lèvre inférieure.

« A quelle heure ??.. Pour le cinéma… ?? …. ??? »

Quel con !

Fallait vraiment être un con ! Voilà ce que je me disais en me rendant au rendez-vous le lendemain après-midi.

J’avais mal malgré les anti-douleurs et m’asseoir dans un de ces sièges inconfortables n’allait pas me soulager.

Et pourquoi j’avais dit oui ? Parce que j’avais fondu sur ses lèvres, sur sa façon qu’elle avait eu de les mordiller…

Quel con ! J’avais tout juste 14 ans et je venais de flasher sur une fille de 17ans , qui plus est, l’ex de Big shit !

Merde !… Quel con ! Qu’est ce que je pouvais espérer à part me faire payer un paquet de pop corn pour remercier le gentil garçon que j’étais.

A l’heure dite, Maya était là, comme convenu, près du pilier central du hall d’entrée. En mordillant ses lèvres, elle s’est excusée en m’expliquant que son amie venait de l’avertir de son absence –panne de voiture– et qu’elle comprendrait si je désirais aussi annuler. 

Le film était du même niveau que les 4 précédents autant dire que ça ne volait pas très haut.

A la sortie de la séance, nous avons pris le bus pour aller chez Maya. Elle habitait avec sa mère dans le quartier pauvre  de la réserve. Sa maison était à vrai dire un vieux mobile home qui devait avoir plus de 30 ans. L’extérieur était décrépi comme l’intérieur. Le mobilier devait dater de la même époque .Une odeur de tabac froid flottait dans l’air malgré un bâton d’encens qui terminait de se consumer.

« Maman est parti en ville.. Tu veux boire quelque chose ? »

Sa mère était en ville.. à vrai dire Maya n’osait pas me dire qu’elle était partie faire la tournée des bars du coin. Mais ça, toute la réserve le savait.

J’ai bu rapidement le verre d’eau qu’elle m’avait offert et n’ayant pas grand chose à nous dire,  je me suis préparé à partir. Au moment où je m’apprêtais à ouvrir la porte, j’ai été stoppé par une phrase.

« Je t’ai menti… »

C’était plus un murmure qu’une affirmation.

Maya, comme à son habitude, se mordillait la lèvre.

Elle s’est approché de moi et j’ai souri car sans ses chaussures à talon, elle était plus petite que moi.

 

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« Je t’ai menti… Pour le ciné…. Ma copine ne m’a pas appelé car je ne l’ai jamais invité… J’ai inventé tout ça pour que tu acceptes de passer l’après-midi avec moi. »

C’était surréaliste.  Mais pas autant que la suite.

Maya s’est mise sur la pointe des pieds et a posé ses lèvres sur les miennes. Ses lèvres si douces, si chaudes.

« Je viens d’avoir 14ans.. » ai-je  bredouillé comme un con.

Maya a sourit, a passé sa langue sur ses lèvres et a passé ses bras autour de mon cou.

« Et alors ?… Quand tu en auras 70 , j’ai aurai 73 .Et qu’est ce que cela changera ? »

Elle m’a embrassé de nouveau.

C’était la première fois que j’embrassais une fille, même si en réalité c’était elle qui m’embrassait.. Et c’était une excellente prof..

Si bien que c’est la sonnerie de mon  téléphone qui m’a sortit de ma rêverie 3 heures plus tard.

C’est la seule  et unique fois de ma vie que j’ai maudit ma mère.

Chrnoniques - 3èmepartie

La haine que j ‘éprouvais pour Melvina se retourna contre maman.

Ma pauvre maman… Elle n’y était pour rien après tout … Mais à 13 ans, on est con… Et si un concours avait existé à l’époque, j’aurai sûrement mérité ma place sur le podium.

Pendant toute mon enfance, j’avais cru les propos de ma mère : qu’en étant un gentil garçon courageux, travailleur et sérieux, j’avais les meilleurs bagages pour réussir dans la vie. .. Foutaises… Quand on ne naît pas blanc, on n’est rien.. Du début de sa vie, jusqu’à la fin… On est juste là pour faire gonfler les putains de statistiques sur la  criminalité..   En 13 ans, elle ne m’avais jamais préparé à recevoir de tels propos à la gueule. 

Pour  faire de la peine à maman, j’ai donc décidé de me passer de l’école… Au départ, je séchais un ou deux cours par semaine puis j’ai vite fait une croix dessus.  A quoi perdre son temps en classe alors qu’au final, j’irai pointer au chômage comme de nombreux natifs.. Ce n’est pas ce que disent les stats ?

Katerine m’a laissé faire : elle m’a juste inscrit à des cours pas correspondance au cas où l’envie d’apprendre m’aurait titiller. Elle a essayer deux fois de me dire que je ne devais pas gâcher ma vie à cause des conneries déblatérées par Melvina. Elle a même essayer de me traîner chez un pédopsychiatre.  Et moi, je continuais de l’ignorer, évitant de lui adresser la parole.

Tout ça me faisait de la peine, autant qu’à elle … Mais quand je vous dis que j’étais con !

A la même époque, j’aurais tout fait pour être blanc, pour ne garder que les 50% de mon héritage génétique. J’ai donc commencé par faire couler ce sang indien dont ma mère était si fier… Pour faire partir ses mots scotchés à mon ADN : alcoolique, violeur…. Puis, par colère, par dégoût de ce que j’étais… Au départ, j’utilisais une simple aiguille au bout de mes doigts… Et puis, je suis passé au cutter… 

Oh non, je ne suis pas devenu un pro de la scarification car papa  s’en est aperçu… Comment ?… Je ne l’ai jamais su  …

Un dimanche où l’on bossait ensemble à réparer le toit du garage que la dernière tempête avait abîmé, papa a posé son marteau et après un moment de silence m’a demandé pourquoi je faisais ça. Je l’ai regardé et bêtement, je lui ai répondu :

-« ben c’est toi qui m’a dit de fixer la planche sur…. »

Len  m’a saisit violemment le bras et a approché son visage du mien. Ses yeux se sont remplis de larmes.

« Tu comptes te détruire combien de temps, encore ?! Tu crois que je ne sais rien ?! Si tu crois que ta colère va passer en te scarifiant, tu te gourres ! « 

J’ai tenté de libérer mon bras, en vain.

« T’y comprends rien ! lui ai-je balancé -vexé de mettre fait pincer comme un gosse.

-Non, en effet, je ne comprend pas comment tu peux te faire du mal ! Mais je sais que tout ça , c’est à cause de Melvina et de ses conneries ! Je comprends que tu éprouves de la haine envers les propos qu’elle a tenu à ta mère. Je comprends la rage que tu as en toi ! Mais pourquoi te le faire payer ?… Je t’aime Yuma… Je suis si fier de toi, mon fils ! »

Les larmes me coulaient sur les joues.

« Tu me fais mal… »

Papa a relâché aussitôt son étreinte. J’ai frotté mon bras endolori.

« Tu n’as pas à être fier de moi….Ce n’est pas par rage que je fais ça… »

J’ai regardé papa dans les yeux.

« Je ne veux plus être indien… Je ne veux plus de sang indien en moi ! »

Les mots étaient lâchés. Le visage de papa se décomposa un instant. La déception traversa son regard.

« Tu as honte de ce que je suis ? De ton grand-père ?

-Non ! Bien sûr que non ! Je t’aime… J’t’adore ! Et grand-père aussi ! Mais c’est moi… C’est tout !…

-Tu as honte de la façon dont nous t’avons élevé ? De nos valeurs ? De nos traditions ? Tu as honte de tes ancêtres, peut-être ? A moins que tu n’aie honte de la couleur de ta peau,  de la couleur de tes yeux ou de tes cheveux longs ?

-Non ! Non !

-Alors, c’est quoi, Yuma ? Tu veux que l’on te considère comme un blanc ? C’est ça ?

-… Oui… » C’était plus un murmure qu’une affirmation.

« Très bien ! »  Papa est descendu du toit du garage et m’a demandé de le suivre. En rentrant à la maison, papa m’a fait asseoir dans la cuisine et a appelé maman.

J’ai pris ma tête entre les mains sentant la confrontation familiale… Il faudrait à nouveau me justifier devant maman…

« Assieds toi Katerine ».

Maman a obéit à mon père .

« Il est temps de lui parler de ta famille, Katerine » .

Maman l’a dévisagé stupéfaite puis m’a regardé longuement. 

« Qu’est ce qui se passe, Len ?… Il y a un souci avec Yuma ? » Elle a posé sa main sur ma tête. Je me suis levé pour ne plus sentir son contact.

« Yuma a envie de connaître quelle est l’histoire de sa famille blanche, sa famille Meyer… C’est vrai que l’histoire des blancs est toujours plus intéressante que celle des natifs !

-Je ne suis pas sûr que ce soit le moment, Len … 

-Katerine. »

Maman se leva pour se servir une tasse de café froid.

Lorsque Katerine eut terminé de nous raconter la longue histoire familiale, j’étais sur le cul. Papa se mit à mon niveau et mis sa bouche à proximité de mon oreille ne façon à ce que maman n’entende pas ses propos.

« Crois-tu que ton sang blanc veut plus cher que ton sang indien ? Crois-tu qu’il est meilleur ? Quand tu auras fini de verser la dernière goutte de sang Chayton au cours de ton petit rituel, seras-tu fier de n’avoir que du sang Meyer en toi ? Du sang de blanc ?»

Papa est partit dans le jardin, me laissant seul avec maman.

Ca faisait plusieurs mois maintenant, que je n’étais pas restée seule avec elle.

Elle s’est mise à pleurer.

« Pardonne- moi, Yuma… Pardonne-moi de t’avoir caché tout ça … Mais j’avais si honte… Honte que tu me détestes .. Honte de ce que je représente… »

Le silence régnait dans la pièce, entrecoupé des sanglots de maman.

« C’est pas de ta faute… T’y peux rien si tes vieux et leurs ancêtres sont des cons… »

J’ai regardé longtemps maman puis je suis monté dans ma chambre.

Je n’en suis descendu que le lendemain, pour le petit déjeuner. Je n’avais pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, pensant à la famille Meyer… Putain, j’avais du sang de nazi en moi ! .. C’était flippant ! Ce sang de blanc… Le sang de maman… Elle aussi ne semblait pas être à l’aise avec son héritage familial.

Arrivé en bas de l’escalier qui débouchait sur la cuisine, je l’ai regardé s’affairer pour que tout soit près lorsque les 2 hommes de sa vie « comme elle le disait elle même » viendraient la rejoindre.

Je l’ai observé en repensant à la peine que je lui avais fait durant plus de 8 mois.

Maman a relevé la tête surpris de me voir immobile puis malgré un voile de tristesse sur son visage, elle m’a sourit en me disant « c’est prêt… Tu peux chercher ton père. »

J’ai pris une grande bouffée d’air pour me ramener à la réalité puis comme, j’aurai pu le faire 8 mois plus tôt, je l’ai prise dans mes bras  et j’ai enfoui mon visage dans son cou… Ce cou qui sentait si bon… Si bon l’odeur de son parfum… L’odeur de maman…

           

02.08.2010

Chroniques- 2ème partie

 

Mon enfance...

J’ai sûrement vécu l’enfance dont rêve une grande partie des gamins de notre pays.

J’ai été aimé et  choyé, et, au plus profond de ma mémoire, aucune punition n’est  venu gâtée mes souvenirs.

Mes parents s’aimaient (et s’aiment toujours !) d’un amour si fort que jamais je ne l’ai entendu le bruit d’une dispute à la maison.  Certes, ils leur arrivaient de ne pas être d’accord sur tout, notamment lorsque papa lançait son : « tu es plus indienne qu’une native … », mais un échange de regards et la discussion était close.

 

J’ai la chance d’avoir un papa doué de ses mains et souvent, il lui arrivait de m’offrir de merveilleux jouets en bois  avec lesquels je jouais des heures entières. Il m’emmenais, lorsqu’il était en repos, à la pêche ou à la chasse et , autour d’un feu, on parlait « entre homme » du cycle de la vie, des filles, du soccer et  de la vie en dehors de la réserve , qu’il avait connu à l’époque où il travaillait à « l’extérieur ».

Avec maman, il n’était pas question d’avoir chez nous des loisirs abrutissants tels les  consoles ou la télévision (bien que papa en ait acheté une qu’il stockait dans le garage pour regarder les matchs de soccers). Mais tout cela ne me manquait pas car il faut reconnaître que maman a toujours été fascinante pour raconter des histoires de monstres et de lutins, de chevaliers et de princesses, pour expliquer l’histoire de l’humanité et pour répondre aux mille et une questions d’un enfant avide de comprendre le monde.

Et grand-père… Il passait tous les jours nous voir et, très souvent, lorsque maman avait le dos tourné, il me faisait un signe de la main en me disant : « Viens, Yuma…(me glissant une friandise dans la main ) c’est pour toi… »  Puis, d’un œil malicieux,  il posait un doigt sur sa bouche, et reprenait la conversation qu’il avait engagé avec maman.  Et lorsqu’il me gardait en journée les semaines où maman partait en voyage pour son travail, il me racontait les légendes de nos ancêtres, le pouvoirs de plantes médicinales et tout ce qu’un indien devait savoir pour devenir un homme. 

 

 

 

Loup-gris était un puit de connaissance intarissable pour tout ce qui concernait les peuples natifs d’Amérique du Nord et petit, j’étais persuadé qu’il était aussi vieux que les étoiles pour savoir autant de choses.

 

L’année de mes 13 ans, maman décida qu’il était temps pour moi de découvrir  sa région natale.. La Georgie… Non pas qu’elle eu la nostalgie de Kingston et de sa famille (bien qu’à l’époque j’ignorais les raisons qui avaient poussé maman à ne plus être en contacte avec ses parents)  mais pour découvrir les Appalaches, terre des indiens Creek et Cherokee, Atlanta- ville de Martin Luther King-  et son musée d’histoire consacré en partie à la guerre de sécession et Savannah et ses monuments coloniaux . Sans parler de la cuisine cajun…  C’était  le première fois  de ma vie que je réalisais vraiment  que du « sang de blanc » coulait aussi en moi … C’est con mais je n’avais jamais vu maman comme une blanche. Elle était comme papa le disait : plus indienne qu’une indienne.

Mais ce ne sont pas ces visites qui m’ont fait comprendre ce que j’étais vraiment…

 

Le monde est parfois plus petit que nous le pensons… C’est ce que maman a dû se dire lorsqu’elle croisa sa meilleure amie de lycée, Melvina Dubreuil,  alors que nous visitions Stone Mountain  près d’Atlanta. Papa était parti chercher de l’argent au distributeur de billets. 

Après les bises de retrouvailles échangées, des « ben dis donc, ça fait un bail !!! » et des « qu’est ce que tu deviens ? », où elles parlèrent de leurs boulots respectifs,  maman me présenta à cette dame qui insista pour me faire la bise mais qui aussitôt ,s’interrogea sur l’origine de mon prénom. « Yuma ?… C’est  pas le nom d’un film avec des cow-boys, ça ?..  Le dernier train pour Yuma ou un truc dans le genre ?.. C’est original… »

Maman  sourit à son amie et lui expliqua que mon prénom était d’origine amérindienne et qu’il signifiait « fils du chef ». Melvina m’observa un moment puis, le visage décomposé, lâcha un « mais oui… C’est vrai qu’il est indien… » . Elle passa nerveusement la main sur son front , se pencha vers maman et rajouta « je suis désolée, je ne savais pas… ».

Maman me regarda cherchant à comprendre ce qu’ avait bien pu dire Melvina. Cette dernière pris le bras de ma mère et  s’approcha d’elle comme si elle s’apprêtait à consoler une veuve éplorée. Puis doucement, elle ajouta « J’ignorais que tu t’étais fais violer … »

Maman repoussa vivement Melvina.

« Qu’est ce que tu racontes ? Je ne me suis jamais fait violer ?!

-Mais ton fils est indien, non ? »

Ma mère me regarda l’air ahuri puis se retourna vers son amie.

« Et quel rapport ?

-Et bien tout le monde sait que les indiens sont des alcooliques notoires et qu’ils ne sont pas les derniers pour violer les femmes blanches. »

Maman entra dans une colère monstre et répliqua que j’avais été conçu dans l’amour, qu’elle était mariée avec mon père et que tenir des propos aussi absurdes au 21ème siècle révélait de la connerie pure. Au même moment, papa arriva. Melvina le salua brièvement et quitta rapidement les lieux.

 

Sur la route qui nous ramenait à l’hôtel,  un silence de plomb tomba sur notre petite famille. Maman devait sans doute repenser  aux propos de son amie… Papa regardait Katerine, perplexe face à la colère de sa moitié… Et moi,  je continuais d’entendre le fiel versée par Melvina quelques minutes plus tôt.

Et pour la première fois, je réalisais ce que j’étais vraiment…

 

Un cliché, un statistique sorti dont ne sait où… Un indien qui serait toujours dans le regard des blancs un futur  ivrogne près à violer leurs filles.

 

Ce fût le premier soir de ma vie où je m’endormis en pleurs.

09.06.2010

Chronique - 1ere partie

Je  m’appelle Yuma Chayton.  Je suis né,  il y a 31 ans,  dans une des réserves  indiennes californiennes , au nord de la ville d’Eurêka.

 

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Mais avant de parler de moi, attardons nous sur mes parents… Parce que sans eux, je ne serais pas là, non ?

 

Ma mère, Katerine Meyer Chayton, a grandi  dans la  petite bourgade de Kingston en Georgie, entouré d’un père révérant et d’une mère, fleuriste. Sa jeunesse fut bercée de textes bibliques, de prédications et de riches histoires familiales (un grand-père paternel ayant servi dans la Wehrmacht  et un arrière grand-oncle maternel ayant participé à la politique d’éradication des indiens d’Amérique au XIXème siècle) . Bref, un vrai bonheur pour devenir une parfait petite WASP à l’esprit étriqué.

 

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Tout allait donc dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où Katerine s’inscrivit à l’université. Une erreur administrative transforma ses cours  de psychologie en cours d’anthropologie. Malgré les protestations de Katerine qui se moquait bien d’étudier les sociétés primitives et modernes , l’administration - après mille excuses - lui confirma que l’erreur serait corrigée au semestre suivant.

Les semaines s’écoulèrent et le calvaire de Katerine se transforma en révélation.  Six ans plus tard, son diplôme d’éthnologie  en poche, elle commença à travailler  sur  le terrain notamment en Australie.

De retour aux Etats-Unis, après une  dispute avec ses parents au sujet des « héros » de la famille, elle réalisa qu’elle ne savait pratiquement rien sur les amérindiens que son lointain grand-oncle avait tenté de supprimer. Elle décida donc de partir quelques semaines pour étudier les Yuroks, indiens méconnus par rapport au Navajos, Apaches et autres grandes tribus que d’autres anthropologues avaient pu étudier.

Son étude l’amena au nord de la Californie, dans une réserve perdue au milieu des arbres centenaires.  Sur place, elle rencontra Mickael Chayton, dit  Loup gris, l’un des vieux  sages du village, qui lui proposa de loger chez lui jusqu’à la fin de son mémoire et c’est ainsi qu’il commença à lui raconter l’histoire des Yuroks.

 

 

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Katerine, assoiffée de connaissances, passa l’été à écouter les récits de Loup gris sur la vie de son peuple avant l’arriver des blancs, sur les croyances indiennes et  ses  légendes….  

Et pour la première fois de sa vie, elle se sentit sereine et en symbiose avec le monde qui l’environnait . De plus, Loup gris était très attachant, loin de la rigidité paternelle qu’elle avait connu, et … il y  avait Len…

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Len, était le dernier fils de Loup Gris et bien que financièrement indépendant, il continuait de vivre chez son père.

 

En journée, il travaillait en tant que charpentier à l’extérieur de la réserve car il faut reconnaître  qu’à l’époque, la réserve commençait à  « le gonfler »… Et c’est clair qu’au départ, Katerine lui apparut comme une déjantée  car elle agissait plus en touriste qu’en  professionnelle digne de ce nom :elle ne cessait de s’extasier  sur la moindre légende conté par son père et passait des heures en silence dans les bois afin de ressentir l’appel du Grand-Esprit…Une déjantée qui préférait écouter un vieux fou radoter  que d’aller au cinéma comme tous les jeunes de son âge… Une jolie déjantée qui apprenait la langue des Yuroks au lieu d’aller au dernier concert à la mode… Une très jolie déjantée qui se coiffait et s’habillait à l’indienne pour communier  avec les âmes défuntes…

Bref : à la fin de l’été, Len était sous le charme de Katerine .

 

Et en cette fin de septembre 1999, ce n’est pas avec le Grand-Esprit  que Katerine communia mais avec  un Len tout aussi puissant. Et c’est ainsi que Petit Yuma fut conçu….

Peu avant le début de l’hiver de cette même année , Katerine, retourna  , en Georgie annoncer à ses parents les grands nouvelles,  c’est à dire  qu’elle avait, spirituellement, trouvé sa voie, qu’elle habiterait désormais dans la réserve Yurok et qu’elle avait trouvé l’âme sœur en la personne de Len .Cerise sur le gâteau, elle était enceinte…

L’ambiance fut si explosive qu’à partir de ce jour, M.et Mrs Meyer firent une croix sur leur fille unique.

 

Au premier jour du printemps de l’an 2000, Len épousa Katerine et le 19 juin, je naquis en plein  milieu de la foret séculaire où vivait mes ancêtres car maman, toujours un brin déjantée, décida d’accoucher suivant les rites ancestraux.

Yuma

Bon, il va être temps que mon MJ se décide à me faire jouer avec mon second perso de COPS vu que je l'ai créé il y a 1 an et que depuis, j'attends lamentablement pour pouvoir l'incarner.

Avant donc de raconter les différents scénarios relatifs à mon nouveau perso, nous aurez le privilège :lol: d'en savoir un peu plus sur lui grâce à son journal intime.